Chansons & Poèmes
Bonne Fête Pépé !
Grand-père de Georges Moustaki - 1969
Chansons
Grand-père de Georges Brassens - 1957
Grand-père suivait en chantant
La route qui mène à cent ans.
La mort lui fit, au coin d'un bois,
Le coup du père François.
L'avait donné de son vivant
Tant de bonheur à ses enfants
Qu'on fit, pour lui en savoir gré,
Tout pour l'enterrer.
Et l'on courut à toutes jam-
Bes quérir une bière, mais...
Comme on était légers d'argent,
Le marchand nous reçut à bras fermés.
 
"Chez l'épicier, pas d'argent, pas d'épices,
Chez la belle Suzon, pas d'argent, pas de cuisse...
Les morts de basse condition,
C'est pas de ma juridiction."
 
Or, j'avais hérité de grand-père
Une paire de bottes pointues.
S'il y a des coups de pied quelque part qui se perdent,
Celui-là toucha son but.
 
C'est depuis ce temps-là que le bon apôtre,
Ah! c'est pas joli...
Ah! c'est pas poli...
A une fesse qui dit merde à l'autre.
 
Bon papa,
Ne t'en fais pas:
Nous en viendrons
A bout de tous ces empêcheurs d'enterrer en rond.
Le mieux à faire et le plus court,
Pour que l'enterrement suivît son cours,
Fut de borner nos prétentions
A une bière d'occasion.
 
Contre un pot de miel on acquit
Les quatre planches d'un mort qui
Rêvait d'offrir quelques douceurs
A une âme soeur.
Et l'on courut à toutes jam-
Bes quérir un corbillard, mais...
Comme on était légers d'argent,
Le marchand nous reçut à bras fermés.
 
"Chez l'épicier, pas d'argent, pas d'épices,
Chez la belle Suzon, pas d'argent, pas de cuisse...
Les morts de basse condition,
C'est pas de ma juridiction."
 
Bon papa,
Ne t'en fais pas:
Nous en viendrons
A bout de tous ces empêcheurs d'enterrer en rond.
 
Ma botte partit, mais je me refuse
De dire vers quel endroit,
Ça rendrait les dames confuses
Et je n'en ai pas le droit.
 
C'est depuis ce temps-là que le bon apôtre,
Ah! c'est pas joli...
Ah! c'est pas poli...
A une fesse qui dit merde à l'autre.
Bon papa,
Ne t'en fais pas:
Nous en viendrons
A bout de tous ces empêcheurs d'enterrer en rond.
 
Le mieux à faire et le plus court,
Pour que l'enterrement suivît son cours,
Fut de porter sur notre dos
Le funèbre fardeau.
S'il eût pu revivre un instant,
Grand-père aurait été content
D'aller à sa dernière demeure'
Comme un empereur.
Et l'on courut à toutes jam-
Bes quérir un goupillon, mais...
Comme on était légers d'argent,
Le marchand nous reçut à bras fermés.
 
"Chez l'épicier, pas d'argent, pas d'épices,
Chez la belle Suzon, pas d'argent, pas de cuisse...
Les morts de basse condition,
C'est pas de ma bénédiction."
 
Avant même que le vicaire
Ait pu lâcher un cri,
Je lui bottai le cul au nom du Père,
Du Fils et du Saint-Esprit.
 
C'est depuis ce temps-là que le bon apôtre,
Ah! c'est pas joli...
Ah! c'est pas poli...
A une fesse qui dit merde à l'autre.
 
© 1957 - Philips
C'est pour toi que je joue Grand-père c'est pour toi
Tous les autres m'écoutent mais toi tu m'entends
On est du même bois on est du même sang
Et je porte ton nom et tu es un peu moi
 
Exilé de Corfou et de Constantinople
Ulysse qui jamais ne revint sur ses pas
Je suis de ton pays, métèque comme toi
Un enfant de l'enfant que te fit Pénélope
 
Tu étais déjà vieux quand je venais de naître
Arrivé juste à temps pour prendre le relais
Et je finirai bien un jour par ressembler
A la photo où tu as posé à l'ancêtre
 
C'est pour toi que je joue Grand-père c'est pour toi
Que je glisse mes doigts le long de mes six cordes
Pour réveiller un air tranquille et monocorde
C'est tout ce que je sais faire de mes dix doigts
 
Maître en oisiveté expert en braconnage
Comme toi j'ai vécu à l'ombre des bateaux
Et pour faire un festin je volais les oiseaux
Que le vent de la mer me ramenait du large
 
Comme toi j'ai couru les filles et les rêves
Buvant à chaque source que je rencontrais
Et sans être jamais vraiment désaltéré
Sans jamais être las de répandre ma sève
 
C'est pour toi que je joue Grand-père c'est pour toi
Pour remettre au présent tout ce qui est passé
Depuis que je ne parle plus que le français
Et j'écris des chansons que tu ne comprends pas
 
C'est pour toi que je joue Grand-père c'est pour toi
Tous les autres m'entourent mais toi tu m'attends
Même si tu es loin dans l'espace et le temps
Quand il faudra mourir on se retrouvera.
 
Paroles et Musique: Georges Moustaki 1969 © 1969 Christian Pirot
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